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> Des BD pour les vacances, Un topic qu'il est intéressant ohlàlà oui
Mortis Ghost
Écrit le : Jeudi 25 Juillet 2013 à 23h11


Le quatre-vingt septième fantôme
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Yop je poste plus rien ici et c'est le moment de revenir à de bonnes habitudes ! Comme l'autre forum que je fréquente est lui aussi tout mort pendant la période estivale je vais proposer en double correspondance une sélection de mes BD favorites. Comme de bien sur, la plupart sont difficiles à trouver, soit parce que plus ré-éditées, soit parce qu'uniquement disponibles chez de petits éditeurs. Mais bon pour les plus intéressé ça fera une chasse au trésor en plus de conseils de lectures (j'en connais à qui l'idée plait déjà surement). Je vais essayer de pas partir en éloges diluviennes à chaque livre (c'est déjà raté pour le premier) et de poster un truc tous les 2-3 jours. Si j'oublie, n'hésitez à m'insulter ça me motivera surement.

La Comète de Carthage
Freddy Lombard T.3 (1986)
Par Yves Chaland [dessin et scénario] et Yann Le Pennetier [scénario] - France
Couleurs (très jolies) par Isabelle Beaumenay Joannet
Édité aux Humanoïdes Associés

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Yves Chaland est un auteur incroyable, généralement peu ou mal connu, et considéré souvent comme un pasticheur d'Hergé. Ce n'est qu'en partie vrai : si Chaland est en effet obsédé par la BD belge des années 60 (et un peu plus autour), il arrive dans ses quelques albums à insufler à ses inspirations une personnalité unique et prodigieuse. Freddy Lombard est sa série principale, en cinq tomes, et la Comète de Carthage son opus central, et à mon sens le plus incroyable. Les deux premiers "Le Testament de Godefroid de Bouillon" puis "Le Cimetierre des Élephants" sont  d'étranges et captivants hommages à Tintin, Spirou ou encore Johan et Pirlouit, dont la construction inhabituelle et à l'humour aussi tendre que caustique les démarquent déjà de simples parodies. Mais ils ne sont qu'enfantillages par rapport à la beauté, à la profondeur, à l'étrangeté et à l'intelligence de celui-ci.

Dans le petit village côtier de Cassis la tempête gronde. Le cadavre d'une fille est retrouvé sur la plage. Dans une grotte non loin, vivent nos trois héros : Freddy Lombard, son fidèle compagnon Sweep et leur amie Dina. Difficile de décrire plus l'histoire de ce livre, si la série de séquences qu'on y trouve décrit bien un véritable récit, compréhensible et à peu près facile à suivre, il s'y cache tant d'éléments étranges et inatendus, de clins d'oeil saugrenus et détournés, d'émotions mélancoliques et d'ambiances quasi-lynchiennes qu'au final on y prête plus tant attention, comme si on lisait un rêve noir et superbe inspiré des bandes dessinées que l'on lisait enfant. Chaque personnage est touchant et complet , alors que pourtant on ne les découvre que qu'à travers des réaction qui - à première vue - pourraient tenir du stéréotype ou de l'incohérence, en fonction des cas de figure. Mais en secret le mécanisme est parfait et l'alchimie prend forme tout à fait naturellement, et tout ici m'est plus vrai et poignant que dans tant d'autres BD.

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Je pourrais faire une description plus technique du livre, de son graphisme technique et leché, et pourtant très vivant, de sa mise en case parfaite, de son découpage audacieux et pourtant si simple. De ses élipses improbables et de ses non-dits tristes. De son humour génial aussi, car l'histoire est remplie de gags idiots, et pourtant, comme par magie, jamais ceux-ci ne brisent l'atmosphère de fin du monde qui transpire de chaque page. De ses couleurs magnifiques... Tant de choses qui font de "La Comète de Carthage" un véritable bijou unique, un songe étrange, aussi drôle qu'inquiétant, dans un monde qu'on semble connaitre depuis toujours, et qui est pourtant indubitablement unique. De la poésie pure.

Les deux tomes suivants de Freddy Lombard sont respectivement une aventure politique concernant la révolte hongroise de 1956, puis une histoire d'avion futuriste plus classique, mais abordant le thème très délicat du kidnapping d'enfant. Les cinq épisodes de cette série sont une oeuvre majeure et pas suffisament reconnue du monde la bande-dessinée. L'auteur n'aura que peu d'autres travaux publiés avant d'avoir l'opportunité de reprendre Spirou et Fantasio à la suite de Franquin, puis de la voir aussitôt retirée avant même d'avoir terminé son album "Coeurs d'Acier", édité aujourd'hui en version incomplète (et même pas chez Dupuis, un vrai scandale). Il est mort dans un accident de voiture, à 33 ans, et bon sang quelle injustice car ce type était, de mon point de vue, un génie total.

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Mortis Ghost
Écrit le : Samedi 27 Juillet 2013 à 16h35


Le quatre-vingt septième fantôme
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Cages
(1998)
Par Dave McKean - Angleterre
Édité en France chez Delcourt

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Cages est un tome unique de presque 500 pages, quasi-intégralement en noir, blanc, et une teinte de gris-bleu-verdâtre, qui raconte - entre beaucoup d'autres choses - l'arrivée dans un immeuble d'un peintre qui veut changer de vie. C'est un récit choral et dense, sans véritable début ni fin, évoquant une galerie de personnages et de situations de toutes sortes : témoignages touchants, fables surréalistes, passages abstraits et bouts de vie plus-ou-moins inventées. Cela pourrait donner une bouillabaisse illisible; et pourtant c'est tout le contraire. Dave McKean, surtout connu pour avoir beaucoup travaillé avec l'illustre Neil Gaiman, notament sur les magnifiques couvertures de The Sandman, nous ouvre ici une fenêtre très personelle par laquelle il nous laisse observer tout ce qui lui passe par le cerveau, le temps d'une histoire.

C'est un des rares livres qu'il a réalisé seul, et c'est - de mon point de vue - clairement son meilleur. Les idées graphiques et narratives foisonnent, les moments de tristesse intense laissent place à des étincelles de joie pure. Les thèmes sont nombreux, mais la religion (la vision de Dieu en particulier) et la création dominent, et y sont abordés par moult lorgnettes. L'auteur joue avec les mises en abîme, les changements de style et de règles, il tente de cerner quelque chose en dessinant tout ce qu'il y a autour. Cages est un travail vivant et surprenant, une petite bible subjective à propos de la vie, de la solitude et de l'amour, pleine de personnages réels, et servi par un dessin aussi libre que maitrisé. Vraiment un livre épatant.

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Mortis Ghost
Écrit le : Lundi 29 Juillet 2013 à 16h53


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Pas de réponses, qu'importe ! Seule la mort me pousserait à abandonner.

Sol Carrelus
(2008)
Par Florent Ruppert et Jérôme Mulot - France
Nivaux de gris par Isabelle Merlet
Édité à l'Association

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Pour la fête d'Halloween une douzaine de convives se retrouvent dans un immense manoir, habillés en monstres. Mais la sorcière - qui est infirmère dans la vie réele - a préparé une potion magique qui va faire de leurs déguisements leur véritable forme. En parallèle, un groupe de villageois s'introduit en catimini dans la demeure et note leurs activités dans un étrange carnet. Ce qui pourrait sembler être le début d'une mystérieuse histoire d'horreur est en vérité le postulat de départ pour une série de situations tout à fait idiotes, servies par des dialogues, comme à l'habitude des auteurs, génialement écrits, au service de personnages aussi crétins que des vrais gens.

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Ruppert et Mulot ont une façon bien à eux de faire des livres et d'écrire des trucs, mais aussi de dessiner. On retrouve ici la recette habituelle : trait fin et stylisé comme il faut, visages parés d'un unique "V", dialogues rigolos basés sur des intervenants futiles et des situations banalement imbéciles, mais au sein d'un contexte suréaliste et pas complètement défini. Et puis ces inventions graphiques toujours épatantes : ici ce sont quelques scènes d'une grande violence, éparpillées dans le livre, où les personnages s'égorgent, se tirent dessus, se découpent en petit bouts tout en se défénestrant sur un trempoline, le tout au super-ralenti, et de différentes façons, toujours plus brutales. L'effet est superbe, hypnotisant, barbare et comique tout à la fois.

Bon certes l'insistance mise sur l'obsession des personnages pour le cul font qu'il se s'agit sans doute pas du meilleur livre du duo, mais n'empêche que son scénario à la chute cohérente, ses superbes scènes de meurtre et l'humour habituel des gaillards en font, comme toute leur bibliographie, une BD géniale, aussi débile que bien faite, avec un dessin super-classe qui n'appartient qu'à eux et, comme souvent aussi, quelques contructions de pages magnifiques. Par ailleurs si vous êtes trop pauvre pour l'acheter ou que vous vous ennuyez de façon générale dans la vie, leur site web est plein de trucs rigolos à regarder et expérimenter.

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Mortis Ghost
Écrit le : Mercredi 31 Juillet 2013 à 16h39


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Quadruple post ! Yahou même pas peur du ban.

Crève-Coeur
Donjon Monsters T.8 (2004)
Par Carlos Nine [Dessin] -Argentine - et Lewis Trondheim & Yoan Sfar [Scénario] - France
Édité chez Delcourt

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Donjon est un étrange monument de la (plus si) nouvelle BD française : Saga immense d'Heroic Fantasy engendrée par Sfar et Trondheim, des auteurs que l'on est plutôt surpris de retrouver dans ce genre si codifié, et généralement représentant d'une branche de la BD au public très différent. Mais si il ne s'agissait que de ça ! Le total des tomes de la série dépasse la trentaine sans problème, avec plus de quinze dessinateurs super-variés et trois époques distinctes. Une oeuvre colossale et passionante, nourrie par la vision d'artistes très disparates et par un récit génial s'étalant sur des dizaines d'années. Mais quel tome choisir au sein de ce bouillonement d'albums, ce fatras de styles et d'histoires ? Impossible de décider, alors au lieu de prendre un livre, j'ai sélectionné un dessinateur : Carlos Nine.

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Illustrateur argentin complètement fou fou, au style épatant que l'on dirait sculpté à même un gros bloc de beurre, Nine brille plutôt par ses albums entièrement réalisés en couleurs directes. Ici le dessin est au trait, extrèmement laché, et colorié avec des gros aplats à l'ordinateur. C'est un peu décevant par rapport à ce que l'auteur peut faire, notament sur des titres comme Fantagas ou Pampa, mais force est de constater que je ne peux tout de même pas m'empêcher de fondre face à la plupart des cases. Tout est fluide et d'une créativité prodigieuse, le volume des formes semble palpable, les objets vivants, les personnages mouvants et les compisitions d'une audace presque scandaleuse. Le bat ne blesse donc que parce qu'on sait qu'il a déjà fait mieux, parce que sinon, diable qu'est-ce que c'est beau.

Quand au scénario, on a droit ici à un tome particulièrement sombre, mettant en scène un des personnages principaux de l'arc Potron-Minet : Alexandra, assassine sculpturale et maitresse de Hyacinthe, le futur maitre du donjon. Bien loin des aventures naïves et idiotes des premiers tomes de Zénith, l'heure est ici au drame sombre, à l'enfermement et au meurtre, au viol même. On ne rigole pas du tout. Et ça marche très bien. Le contraste rend l'effet d'autant plus efficace, et la narration quasi-entièrement sous forme de monologue nous rapproche de la tueuse, pourtant apperçue jusque là dans la série comme plutôt froide et énigmatique. Bon alors oui forcément c'est moins bien si on a pas lu au moins tous les albums de Potron-Minet, mais en même temps c'est le principe d'une saga. Et si il y en a une à lire - tant si vous aimez l'heroic fantasy que juste les univers denses et fourmillants de persos, dans plein de styles graphiques différents - c'est bien Donjon.

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J'ai mis une planche en N/B parce qu'on trouve pas grand chose sur les internets. Par ailleurs je crois qu'il existe une version spéciale du livre sans les couleurs, et je pense que ça a des chances d'être plus joli encore juste au trait. Si vous tombez dessus...
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Mortis Ghost
Écrit le : Vendredi 02 Août 2013 à 11h53


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(Oui oui j'ai déjà fait une longue review de Number 5 dans l'Imaginathèque, mais je m'en fiche je peux pas faire une sélection de mes BD préférées sans citer LA MEILLEURE. Alors voilà.)

Number 5
T.8 (2005)
Par Taiyo Matsumoto - Japon
Édité en France chez Kana

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Il y a beaucoup de bonnes BD dans l'univers, quelques autres incroyables, et une petit poignée de livres prodigieux. Puis, bien bien plus loin de toutes ces choses logiques, il y a Number 5.

L'avenir. Le conseil Rainbow - dirigé par le fantastique Number One - est un groupe restreint de super-hommes, qui sert de mascotte à l'armée tout en luttant pour un monde plus beau. Jusqu'au jour où Number Five, sniper d'élite, s'introduit dans le château de One, tue quelques gardes et y kidnappe une fille nomée Matriochka - en référence à sa ressemblance avec les poupées russes - puis s'enfuit.  Le dissident est alors pris en chasse par son ancien compagnon, Number Nine. Ce n'est pas un spoiler de vous révéler que ce dernier se fera tuer, car c'est ce qui arrive dans les premières pages du premier tome, et déclenche tout la suite du récit. Une histoire de héros, de combats, de méchants et de gentils, de fusils et de robots, de pouvoirs magiques mêmes. Un bon shonen bien mastoc. Un peu comme Mother 3 est un RPG classique.

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Number 5 est ma BD préférée de tous les temps pour tant de raisons. Pour chaque planche, chaque case, chaque dialogue, chaque petit dessin, chaque titre de chapitre, chaque couverture, chaque élipse même. Tout m'y semble parfait, complètement parfait. Il y a de la lumière qui émane de ce livre, une belle lumière gentille et un peu triste. Je suis incapable de trouver des défauts à cette histoire, comme on ne peut trouver de reproches à faire aux gens qu'on aime sincèrement. Et pourtant je le connais bien, je l'ai lu un nombre de fois presque débile. Mais jamais il ne s'use ou ne s'abîme, chaque fois j'y découvre de nouvelles choses incroyables.

Il est évident que Number 5 n'aura pas le même effet sur chacun que celui qu'il a sur moi. Mais si le lire vous apporte un quart de ce que j'y trouve, alors c'est déjà une raison pour se jetter dessus. Parce qu'il y a beaucoup de bonnes BD dans l'univers, quelques autres incroyables, et une petit poignée de livres prodigieux. Puis, bien bien plus loin de toutes ces choses logiques, il y a Number 5.

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Mortis Ghost
Écrit le : Dimanche 04 Août 2013 à 15h34


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Waldo's Bar
(1993)
Par Blutch - France
Édité chez Fluide Glacial

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Premier album publié de Blutch, avec des histoires datant de ses débuts dans le périodique Fluide Glacial, Waldo's Bar est plutôt différent ce que l'auteur fait aujourd'hui, tant graphiquement qu'en terme de contenu. Si son amour pour les filles à poil et le jazz n'ont pas changé, il était à l'époque bien plus porté sur la rigolade et les idées idiotes que sur l'émotion et le dessin pur (note que j'ai pas lu beaucoup de ses travaux récents, je devrais me mettre à jour...) Le livre est donc une compilation de récits courts, généralement stupides et plein de donzelles en tenue d'Ève. Deux personnages récurents servent plus ou moins de héros (à une exeption près) : le Comissaire Mc Nullan et le pianiste-détective Johnny Staccato.

Les deux larrons habitent Donald-ville et seront donc aux prises avec autant d'étranges affaires de meurtres que d'histoires d'amour torrides, généralement avec une chute idiote à la fin, ou avec des plagiats non-sensiques de personnages de Disney. Si l'humour est très souriant, je ne lis pas Waldo's Bar pour me bidonner comme un chameau. C'est le dessin qui me subjugue, par son mélange épatant de matières pures et de trait bien noir, le tout servi par une capacité semble-t-il innée à composer des cases et à faire de jolies têtes bien déformées à ses personnages. L'alchimie entre ces zones de blanc, ces gros aplats noirs, ces lignes pures et ces grisés tout cra-cra tient de l'incompréhensible, surtout quand on sait que c'est sa première fichue BD, mais - oh ciel - qu'est-ce que c'est beau ! De plus, si les récits sont sympathiques sans briller par leur excellence, quelques uns sortent véritablement du tas, et proposent mieux qu'une modeste rigolade, la dernière de l'album notament. Et il n'en faut pas plus pour en faire un très excellent livre.

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(Veuillez excuser la qualité pas top du coté des images, mais j'ai du faire les scans moi même et je n'ai la BD qu'en version grand format, trop grand pour mon modeste équipement électronique de scannage)
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Mortis Ghost
Écrit le : Mardi 06 Août 2013 à 14h17


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Quimby the Mouse
(Dessiné de 1992 à 1994, compilés en 2003)
Par Chris Ware - États-Unis
Édité en français à l'Association

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Cet ouvrage est un reccueil d'histoires d'une page ou moins, publiés à l'origine dans les ACME Novelty Library, de petits livrets présentés comme épisodes aléatoires d'un périodique faussement ancien, et réalisé entièrement par le dessinateur le plus psychopate de toute la terre : Chris Ware. Le livre contient donc, le tout entièrement et très bien traduit en français, deux numéros très grand format de la publication, très peu modifiés pour l'occasion (de faux tampons "rebus" on été apposés aux premières pages, par exemple), ainsi que quelques pages d'introduction, une couverture épatante (comme toujours l'objet dans son ensemble est incroyable) et même des "gardes de couleur" - j'ai du chercher le mot, ce sont les pages entre le début du livre et la reliure  - pleines de dessins minucules et de textes aussi drôles que déprimants.

Ce qui foudroie bien sur en premier dans ce livre, c'est la folie furieuse de l'auteur en tant que dessinateur, ou plutôt constructeur de pages. L'architecture des planches, mais aussi des pages de texte, est à tomber à la renverse tant elle mélange ingéniosité maladive, jeu de typographies et dessins minimalistes répétés jusqu'à l'écoeurement - que l'on pourrait sans problème comparer à des bobines de films d'animations simplistes couchés sur le papier. Le tout est régulièrement accompagné de plus grands dessins, généralement en fond, et/ou d'itinéraires croisés dans la narration, complexifiant encore plus l'approche du lecteur, mais rendant ces histoires-jeux de l'oie encore plus facsinants. C'est là le travail d'un orfèvre devenu cinglé, d'ailleurs le doute n'est définitivement plus permis une fois qu'on prend son courage à deux mains et qu'on commence à lire.

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Quimby the Mouse, comme Jimmy Corrigan (le livre le plus connu de l'auteur), semble n'être qu'un immense bloc noir de mélancolie, d'angoisses, de tristesse et de frustration. Contrairement à ce qu'on nous présente dans l'intro, aucune des planches de cette BD n'est un gag, ce ne sont que des variations obsessionelles sur deux histoires de base (une souris bicéphale qui voit une de ses deux têtes mourir, et la relation d'amour/haine qu'entretient la même souris, débarassée de son frère jumeau, avec une tête de chat décapitée), tournant quasiment toujours autour de la maison de la grand-mère de C.Ware, et du souvenir que l'auteur a de celle-ci, et des milliers de regrets qui lui sont associés. Les BD sont en effet entrecoupées de textes, tantôt parodiant d'anciennes publicités pour les rendre aussi caustiques que morbides ou déprimantes, tantôt de simples mais tristes passages auto-biographiques, dont le contenu est parfois raconté d'une autre manière à un autre coin du tome.

Et quand bien même le tout se termine sur un souvenir heureux, il n'empêche que ce patchwork d'éléments superbes et variés tournent tous comme un sombre vortex vers une amère nostalgie et une peur incurable de toutes les choses de la vie (l'amour, l'amitié, la déception, le changement, la lassitude, la perte...), et font de ce livre le parfait rocher à accrocher à la corde qui vous entrainera vers les fonds les plus noirs. Mais aucun rocher ne le fera jamais d'une manière si prodigieuse et sophistiquée.

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Eölen
Écrit le : Mardi 06 Août 2013 à 23h41


Fondateur pas dans la main
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Dites donc mais tout ça ressemble beaucoup à d'excellentes lectures !
Dommage que je sois à l'autre bout du monde, dans un endroit où les BD n'existent pas. Mais je suis avec attention toutes les simagrées et circonvolutions de ce topic. Joie joie.
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Mortis Ghost
Écrit le : Jeudi 08 Août 2013 à 10h57


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Yay ! Youpie merci bingo !

Le Grand Pouvoir du Chninkel
(1986)
Par Jean Van Hamme [scénario] - Belgique - et Grzegorz Rosinski [dessin] - Pologne
Édité chez Casterman

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Le Grand Pouvoir du Chninkel doit être une des premières BD de Fantasy que j'ai lu de ma vie, avant même sans-doute de connaitre le terme. Mélange improbable, et très sombre, du Seigneur des Anneaux avec le Nouveau testament - où le Dieu créateur des mondes serait joué par le gros monolithe noir de 2001 l'Odyssée de l'espace - l'histoire a déjà pas mal pour étonner, et si on rajoute qu'elle est l'oeuvre du scénariste de XIII et Largo Winch, deux BD pour lesquelles mon estime frôle le néant total, et dessinée par le gros polonais inquiétant qui fait Thorgal (avec le même scénariste), on peut bien se demander pourquoi, des années après, j'ai toujours cet épais tome dans ma bibliothèque. Encore plus bizarre : ce n'est pas par nostalgie.

J'on est donc un Chninkel, sorte de Hobbit en plus maigre, esclave des clans guerriers qui peuplent le monde de Daar. Son destin semble être de servir ses impitoyables maitres méchants et très cruels en se faisant trucider dans les terribles affrontements qu'ils se mènent, semble-t-il, depuis toujours. Mais J'on survit à une bataille, et se voit choisi par U'n, dieu créateur des mondes cité dans le paragraphe précédent, pour être l'élu qui mettra fin à la grosse zizanie sanglante, et pour cela, il lui confie son mystérieux Grand Pouvoir - en omettant volontairement tout de même de lui expliquer ce dont il s'agit. Faible et désemparé, J'on va pourtant devoir parcourir les terres et les mers de Daar, rencontrer foule de personnages alliés et ennemis, et enfin, affronter les trois affreux seigneurs immortels pas polis à table qui dirigent ce chaos guerrier. Il y aura de la magie, des combats, des monstres, des elfes, des nains, et puis des grosses références à l'histoire de Jésus Christ. Mais bon sang, qu'est-ce que c'est que ce livre ? Heu...

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Et bien en fait c'est juste une très bonne histoire de Dark-Fantasy. Une très très bonne histoire. Les codes sont tous là, mais ils prouvent bien qu'ils ont une raison d'être : bien utilisés ils ne sont que des éléments de base d'un récit qui dépasse largement ses influences et ses inspirations. Pas besoin en effet de les présenter avant de les utiliser, on sait ce qu'ils sont et à quoi ils servent, et quand ils sont employé à contre-emploi, ce n'est que pour mieux décontenancer les attentes du lecteur. Le tout est véritablement bien raconté : même si les mécanismes, eux aussi, sont classiques, ils marchent à merveille et, encore aujourd'hui alors que ce genre est passé au fin fond de mes priorités de lecture, je ne peux m'empêcher de ressentir quelques frissons d'exitation au fur et à mesure que l'épopée de J'on atteint ses grandes étapes, puis explose dans un final si sombre et épique qu'il m'en retourne encore la tête rien que d'y penser. (Attention, le mot "épique" a perdu de son sens à force d'être utilisé partout. Néanmoins c'est bien de cela qu'il s'agit ici.)

Le seul défaut gênant du livre est qu'en utilisant les codes du genre, il semble impossible au scénariste d'en exculre les penchants sexistes : les amazones ne possèdent que des armures faites de deux bouts de lanières, et G'wel, la compagne du héros, n'est visiblement là que pour servir à ce dernier de fantasme sexuel inaccessible (bon j'exagère, elle a un vrai rôle dans l'histoire, mais ça revient beaucoup tout de même). C'est clairement dommage, parce que, malgré cela, ça reste une des deux seules BD de Fantasy "classique" que je lis encore aujourd'hui avec plaisir.

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Écrit le : Samedi 10 Août 2013 à 00h19


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Le Wagon Engourdi
(2012)
Par Vincent Giard - Québec
Édité chez Colosse

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Ce tout petit livret contient 24 pages muettes réalisées en 24 heures par Vincent Giard, une sorte de phare graphique tournant sur lui-même à toute vitesse pour éclairer même dans les coins les plus sombres. Superbe, délicat, fou : le Wagon Engourdi est un objet aussi identifiable qu'un rêve, émaillé de savants détails qui rappelleront à tous des parcelles de l'étrange réalité qui nous entoure. De la poésie en dessin, rien de plus compliqué en fait : avec de si jolies couleurs, de si chouettes traits, une liberté pour représenter les choses qui fait tomber les bras par terre et une facilité d'évocation par le rien du tout qu'on en deviendrait quasiment zouzou. Le truc se lit en cinq minutes et contient quelques cases blanches, et pourtant WAOU quelle dinguerie. Joli et vivant comme un papillon lumineux.

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Mortis Ghost
Écrit le : Lundi 12 Août 2013 à 12h58


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Black Looks
Astro Boy #22 (1957)
Par Osamu Tezuka - Japon
Édité en France chez Kana dans le premier volume de l'Anthologie Astro Boy (sans doute dans l'intégrale chez Glénat aussi, mais pour trouver le tome exact bonne chance)

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Tezuka n'est pas surnomé le dieu du manga pour rien, son oeuvre est colossale, incroyablement variée et très souvent même précurseur (il n'y a pas de féminin à ce mot, un vrai scandale); et pourtant à chaque fois que j'en lis, j'ai cette identique impression de faire face à des histoires improvisées par un enfant à l'imagination débordante. Ce n'est pas du tout à prendre comme un défaut, mais tout y est très souvent naïf, tant dans la construction, que les dialogues ou même les engagements politiques défendus par l'auteur. Tezuka est indubitablement pacifiste, écologique et anti-raciste, il en parle dans beaucoup de ses mangas, mais, tout aussi sincère soit-il, il me semble toujours le faire avec une certaine innoncence candide. Et comme je l'ai dit c'est vraiment pas à prendre de façon négative, ça a même tendance à rendre le message plus sincère encore, et aussi à souligner le génie de certaines histoires "mieux" construites au sein d'océan qu'est sa production.

Il ne suffit que de quelques détails pour que Black Looks fasse partie de cette catégorie. Cet épisode d'Astro Boy (ou Astro le petit robot pour ceux qui préfèrent) introduit une terrible bande de gangsters organisés et portant d'étranges masques, aux intentions malfaisantes, particulièrement à l'encontre des robots qu'ils semblent détester par dessus tout. Astro devra voyager jusqu'au Pole Sud (à PinguinLand, uhuhu) en compagnie de son professeur Hige Oyaji et de ses parents, robots eux aussi. Le thème principal de l'histoire est clairement le racisme (les héros se font virer d'un bus réservé aux humains notament, le parallèle avec Rosa Parks semble obligatoire), mais si, une fois de plus, l'approche est faite avec de gentils gros sabots, la résolution et la conclusion de l'histoire brillent d'une simplicité splendide, et font de toute cette BD d'action et d'humour une pépite en quelques cases presque parfaites. Preuve que - non seulement - le dieu du manga ne porte pas son nom pour rien, mais qu'en plus dessiner des histoires à la manière d'un enfant tient certainement plus du génie que de la naïveté.

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Écrit le : Mercredi 14 Août 2013 à 10h27


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Les Mousquetaires de la Résurrection
(1996)
Par Pierre La Police - France
Couverture (Infâme exprès) par Alexis Lemoine
Édité par Jean-Pierre Four

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Heu bon ben alors les Mousquetaires de la Résurrection c'est un livre super moche à l'encre mauve, dessiné par un type complètement cinglé. Nous sont contées ici deux histoires de Fongor le mutant et des jumaux Thémistecle (je sais pas ce que ça veut dire, ou si c'est leur nom de famille ?), suite d'évènement non-sensiques à un niveau jamais atteint dans l'histoire de l'humanité, à la lisière de l'art abstrait tant les situations débiles et sans rapport s'enchainent sans explications. Au milieu il y a aussi des pages roses comme dans un dictionnaire avec des grandes cases tout aussi brumeuses. Voilà voilà. Les héros semblent avoir des pouvoirs spéciaux et il y a des méchants contre lesquels ils se battent, je pense. Je ne sais pas trop, parfois ils meurent puis ils reviennent ou ils décident de ne pas enquêter parce qu'ils n'ont pas envie. Une fois ou deux ils se transforment en courgettes, on vole du matériel, ils se déguisent en des Beatles.

Ce livre est donc une sorte de borne délimitant la limite la plus lointaine qu'on peut atteindre quand on fait de l'absurde en BD. Personellement ça me fait vraiment énormément rire, malgré que ça me fait aussi saigner des yeux en même temps. Mais ça gagne quand même sa place dans ma sélection très sévère de l'été, c'est que ça doit être super ! Verdict final : un tampon en forme de petite télécomande.

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Mortis Ghost
Écrit le : Vendredi 16 Août 2013 à 10h53


Le quatre-vingt septième fantôme
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V For Vendetta
(1990)
Par Alan Moore [scénario] et David Lloyd [dessin] - Angleterre
Couleurs (très ternes) par Steve Whitakers, Siobhan Dodds et David Lloyd lui-même.
Édité en France chez Panini Comics, et en vrai chez DC

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Bon maintenant Alan Moore est une rockstar grâce à l'adaptation en film de toutes ses BD, alors tout le monde connait l'histoire de V, son personnage mystérieux prônant l'anarchie avec violence dans un Londres post-apo dominé par un gouvernement fasciste. Passons vite sur cela : engagements politiques rarement abordés dans le média BD, contexte répressif passionant bien qu'un peu naïf (il le dit lui-même dans la préface), très peu de manichéisme grâce à la mise en exergue d'un grand bouquet de personnages variés aux intentions très différentes, pas de morale assénée au lecteur même si la position de l'auteur est claire, et un final aussi réjouissant que sombre. Tout cela est excellent bien sur, mais vous le conaissez déjà, ou le découvrirez en le lisant. Au fait, le film est pas bien, si vous voulez mon avis.

Ce qui me passione particulièrement dans le travail de Moore, et donc ici, c'est son intelligence technique en tant que scénariste. Tout est construit avec un soin presque maladif, et une conaissance des règles de la BD "classique" totalement folle. Si mettre en place un récit comportant autant de personnages dont les intrigues se croisent est déjà un exploit, le faire de façon si claire et limpide tient du génie. Tout est introduit au bon moment (une deuxième lecture confirmera cela toutes les deux pages à peu près), aucun élément n'est amené au hasard. L'improvisation dans le monde Moore, comme dans celui de V, n'a pas sa place. Ajoutez à cette maitrise nombre de détails qui tiennent de la psychose (Ne serais-ce ici que tout ce qui a rapport avec la lettre V), mais aussi certains passages qui se permettent de jouer avec les codes (naration désynchronisée de l'action, passages entier qui se répondent...) et c'est un vrai travail d'orfèvre brillant et subtil qu'on trouve dans ces pages.

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Si Chris Ware, par exemple, fascine aussi par l'aspect sophistiqué de son travail, c'est d'une façon spectaculaire et parfois au détriment de la libsilité. Ici tout est invisible et au service du récit, toute l'ingéniosité est dépliée en coulisses pour que seuls les lecteurs attentifs surprennent les ficelles tendues, et cela rend tout d'autant plus fascinant. Tous les choix sont fait dans le but de rendre des choses complexes les plus faciles à apréhender possible. Un exemple au hasard : avoir donné aux différents services répressifs du gouvernement des noms de parties du corps et du visage. Pas besoin d'explications supplémentaires, on comprend immédiatement que l'oeil est le département de surveillance, que le doigt s'occupe des actions sur le terrain, que le nez flaire les pistes et enquête sur les dossiers. Si simple et si brillant.

Enfin, concernant le dessin, il faut bien avouer qu'il n'est pas vraiment à mon goût - comme toujours quand Moore choisi un dessinateur. Néanmoins, comme d'habitude aussi, il sert parfaitement le propos, et son obscurité réaliste, ses aplats noirs dévorant les personnages, rendent parfaitement le monde désespérant mis en place. Certaines cases même vont jusqu'à titiller mon admiration, quand, malgré la lourdeur des ombres, Lloyd parvient à rendre parfaitement lisibles et dynamiques ses scènes d'actions. Nul doute qu'avec un autre dessinateur ça n'aurait pas fonctionné aussi bien.

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Eölen
Écrit le : Samedi 17 Août 2013 à 02h05


Fondateur pas dans la main
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Pour le film, j'avoue que la présence de Nathalie Portman fausse mon jugement. Je ne connais pas la BD, ni les autres présentées depuis mon dernier passage, mais je pense qu'elle effectivement passionnante, même si le dessin ne me convainc pas tout à fait.

Sinon, celle d'avant donne très envie pour son coté absurde déjanté à peine supportable et c'est vrai que de Tezuka je ne connais presque rien. Intéressant tout ça !
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Mortis Ghost
Écrit le : Lundi 19 Août 2013 à 12h58


Le quatre-vingt septième fantôme
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Le dessin ne donne vraiment pas envie (les couleurs, particulièrement, sont dégueulasses) mais juré craché ça vaut tout à fait le coup de passer au delà. Et oui, Tezuka c'est totalement à découvrir, c'est très rafraichissant à lire comme manga, et il a dessiné tellement de choses qu'il y a une palette de choix quasiment infinie !

Le Capitaine Écarlate
(2000)
Par David B. [scénario] et Emmanuel Guibert [dessin] - France
Édité chez Dupuis

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Le Capitaine Écarlate, sorcier au masque d'or, vogue avec son équipage et son bateau dans les cieux de Paris. Marcel, lui, n'est qu'un simple libraire vivant dans son lit, se réconfortant parfois dans les bras de Monelle, une fille de la rue avec qui il partage une tendresse mélancolique. Mais l'étrange pirate va lui aussi s'éprendre de Monelle et l'enlever, donnant lieu à une aventure palpitante, drôle et triste, sans longueurs ni lourdeurs. Les dialogues sont aussi simples que ce qu'ils racontent, et pourtant pleins d'ingéniosité. Le propos est bref, tient dans un seul livre, mais cela suffit complètement à rendre les personnages attachants et respirables toutes les odeurs de son atmosphère.

Mais si il n'y avait que David B. qui faisait bien son boulot ça serait trop facile. En adéquation parfaite avec le scénario, le dessin en gros traits de Guibert fait complètement mouche, et allie une technicité de tous les diables avec une simplicité désarmante. Chaque plan, chaque trait est parfait, chaque choix de couleur même. Le Capitaine Écarlate est une BD très modeste, mais qui ne fait aucune erreur. Le résultat est donc parfait : avec des combats, de la poésie, quelques traits d'amour, de tristesse et d'humour. Un livre à la qualité aussi rare que précieuse.

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(désolé la qualité des images est pas au top, mais le livre est juste un peu trop grand pour que je le scanne moi-même ...)
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Mortis Ghost
Écrit le : Mercredi 21 Août 2013 à 21h29


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Azumanga Daioh
T.1 (1999)
Par Kiyohiko Azuma - Japon
Édité en France chez Kurokawa

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Ah c'est vraiment difficile de parler d'Azumanga Daioh ! Ma méthode normale c'est faire lire directement, tant en faire l'analyse n'a que peu de sens. En gros c'est un manga avec des lycéenes qui vivent leur quotidien de lycéenes dans un lycée lycéens de japonais. Il y en a une avec des lunettes qui veut faire des régimes, une autre surexcitée, une qui est toujours dans la lune, une grande qui fait du sport et aime les trucs mignons, une toute petite qui a sauté des classes, une prof totalement idiote ... C'est tout à fait attendu et le dessin est incroyablement commun (sans être désagréable hein, c'est juste ultra générique). Mais c'est présenté sous forme de gags en quatre cases et bon sang qu'est que c'est COMIQUE ! Quelle sacrée rasade de pure bidonade on se paye. Azumanga Daioh c'est du génie tant c'est drôle avec rien du tout. Un tiers des cases sont des silences avec des personnages qui font des regards inquièts, y'a pas d'ultra-absurde ou de prouesses d'originalité, c'est juste super con et bon sang je rigole à voix haute sur la moitié des strips. COMMENT C'EST POSSIBLE SÉRIEUSEMENT ?

Enfin voilà c'est vraiment bien, lisez donc ça. Sauf que ça a fait un gros bide en Occident c'est impossible à trouver LOL (il me manque d'ailleurs deux tomes sur quatre snifff).

(je suis sur que vous le savez mais ça se lit bien évidement en colones, et de droite à gauche)
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Mortis Ghost
Écrit le : Vendredi 23 Août 2013 à 13h33


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La Guerre de Cent Ans
(dessiné en 1914, édité une première fois en 1921, réedité en 2007)
Par Gus Bofa, et y'a aussi une histoire de Pierre Mac Orlan à la fin - France
Couleurs et restauration des images par Jean-Louis Adrien, Hélène et Julie
Édité chez Cornélius (la dernière version)

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Bon c'est pas vraiment une BD, bien qu'il y ait une planche à un moment et puis des phylactères (souvent illisibles) de temps à autre, plutôt un reccueil d'illustrations d'humour mais c'est ma sélection d'abord je fais ce que je veux, puis ça me permet de faire mon malin avec un truc qui date de presque un siècle, muhuhu (rire prétencieux). Gus Bofa donc était soldat pendant la première guerre mondiale, et a visiblement trouvé le temps de faire un tas de magnifiques dessins pour dire à quel point les gens sont des zigotos. Si le contexte est bien la guerre de cent ans qui a eu lieu au moyen-âge, aucun doute que les personnes visées sont les contemporains de l'auteur. Néanmoins il n'y a pas d'aigreur ou de flippe dans ce livre : on parle de la mort avec bonhommie et de la famine avec le sourire. Les gens sont de gentils crétins attachants, des humains idiots avant d'être des soldats.

Enfin le fond est très sympathique mais c'est surtout la forme qui me fascine dans ce bouquin. Le trait et les formes sont d'une modernité tout à fait improbables, certains personnages pourraient être l'oeuvre d'auteurs comme Blain, Blutch ou Giard sans aucun problème, et certains autres dépassent même - de mon point de vue - le gros talent de ceux-ci. C'est d'une efficacité et d'une beauté saisissantes, chaque nouvelle illustration fait preuve de plus de simplicité et d'inventivité que la précédente, les fulgurances s'enchainent et ça en est presque énervant. Par ailleurs la restauration du livre est excellente (bien qu'à vrai dire je n'ai pas vu l'original), c'est un objet superbe avec de grosses pages très classes et des couleurs en adéquation parfaite avec le style. La palette est aussi limitée qu'elle est super bien utilisée, pourquoi on fait pas pareil avec des livres plus récents ? Enfin bon donc voilà si vous voulez lire des choses anciennes, aussi rigolotes que graphiquement saisissantes, la Guerre de Cent Ans c'est un excellent choix.

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"Évidemment c'est pas rigolo, mais dites-vous que vous faites de l'Histoire"

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La couverture d'origine :

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Écrit le : Dimanche 25 Août 2013 à 16h05


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La Crâne Rouge
(2012)
Par Doublebob - France - et Nicole Claude - Belgique
Édité chez FRMK

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Nicole Claude est décrite au début du livre comme une artiste mentalement déficiente, et ce n'est pas une façon provocatrice de parler, elle l'est véritablement. L'ouvrage est donc le résultat de sa rencontre avec Doublebob, auteur contemporain, dans un atelier à Vielsalm, dont le but est de provoquer des colaborations entre l'avant-garde du neuvième art, et des handicapés mentaux. Ce qui en résulte est, comme on peut s'en douter, très lointain d'une forme classique de BD. Des dessins qui semblent ceux d'une enfant névrosée se superposent à quelques minuscules traits d'une finesse infinie, représentant des bouts de visage réaliste, des loups, des détours de maisons. Des phrases flottent autour, ou innondent des pages entières : des bribes sans construction d'un témoignage lapidaire et inquièt parlant du meurtre d'un père, de filles aveugles, d'une citadelle où quelqu'un est tombé, d'une mauvaise mère, de chèvres et d'eau bouillante.

La Crâne Rouge est l'opposé d'un livre facile : il associe une approche parfois presque abstraite de la bande dessinée avec des fragments d'une réalité déformée par une maladie mentale bien réele. Qu'à inventé Nicole Claude ? Qu'est-ce qui est vrai ? Quelle est la part d'interprétation et de reconstruction de Doublebob ? Les eaux sont très troubles et coulent avec douleur pour former cet ouvrage perturbant et magnifique, au format étrangement allongé et à la présentation parfaite. Il reste du gras, des tâches et du papier collant, la maladresse et la laideurs ne sont pas cachées, elles encadrent très bien quelque chose qu'on ne voit pas souvent.

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Mortis Ghost
Écrit le : Mardi 27 Août 2013 à 13h00


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The Amazing Screw-On Head
(2002)
Par Mike Mignola - États-Unis
Avec aussi Dave Stewart (couleurs), Ryan Sook (dessin sur une histoire), Steeve Purcell (scénario sur une autre) et Katie Mignola (petite fille)
Édité en français, et sous forme de petit recueil, chez Delcourt. (en vrai chez Dark Horse)

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Si il y a bien un auteur de comics pour lequel je déborde d'admiration c'est Mike Mignola. Avoir réussi à imposer un univers aussi inhabituel que celui d'Hellboy, avec un style graphique et narratif qui n'appartiennent qu'à lui, est un petit miracle dans le monde la BD à l'américaine. Son dessin en aplats de noirs est complètement dément, et sert si bien ses histoires étranges, aussi drôles que mystérieuses, que j'en suis tout retourné dans tous les sens. Je pourrais parler de Hellboy pendant des paragraphes entiers en décortiquant chacune de ses aventures pour en analyser l'évolution (c'est super intéresant) mais je vais plutôt vous entretenir d'un autre livre, sans le gros démon rouge avec une main en fer. Ah oui et à propos, le film de Hellboy est vraiment pas bien non plus, évitez donc (comme V pour Vendetta).

L'homme à la tête de Vis (le titre dans la langue de Papymaking) est présenté, dans son édition française tout du moins - je ne sais pas sous quel format ça existe à l'origine - comme un très court recueil, rassemblant cinq petites histoires réalisées seul ou à deux. Toutes sont excellentes et valent le coup d'oeil (à noter que la quatrième "Rusty Razorclam, Président de Neptune" a été scénarisée par Steeve Purcell, le créateur de Sam et Max !), mais mes deux préférées restent sans aucune commune mesure la première et la dernière.

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"L'homme à la tête de Vis" est la plus longue et celle qui donne son nom au bouquin. C'est comme un jus très concentré de ce que fait Mignola dans Hellboy : des anciennes malédictions, des gags stupides, des cases d'ambiance magnifiques, des péripéties avec des monstres et des explosions. C'est si joli, amusant et sucré, tout en gardant un côté iconoclaste, c'est pll pll pllluuuttt je sais pas quel mot utiliser pour définir ça. Chaque case est une invention graphique géniale, les couleurs sont superbes, et la fin est hahaha hohoho tellement excellente. Une aventure comme on aimerait en lire tous les soirs avant d'aller dormir.

Mais "Le Magicien et le Serpent", qui clot donc le recueil, arrive à faire encore mieux en six pages seulement. C'est une histoire prodigieusement simple, écrite à quatre mains avec sa petite fille de 7 ans, et illustrée - bien évidément - avec un brio tout aussi pur. Six pages seulement pour décrocher un Einser Award et toute mon admiration éternelle, ce type est vraiment l'as des as.

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Et la couverture de la version française :
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Mortis Ghost
Écrit le : Samedi 31 Août 2013 à 12h28


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L'Encyclopédie des Bébés
T.2 (1988)
Par Daniel Goossens - France
Édité chez Fluide Glacial

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Décidément c'est bien des BD d'humour dont j'ai le plus de difficultés à parler, et pourtant Dieu sait que j'aime vraiment beaucoup Goossens. Il a ce ton si absurde et crétin tout à fait personnel, mélangeant les références à des films avec des sujets tout à fait non-sensiques, et partant tout seul dans des démonstrations qui n'aboutissent à rien. Par ailleurs, et bien qu'il soit publié dans Fluide depuis plus de 30 ans, et qu'il revienne souvent dans les références citées par des auteurs plus modernes, il n'est que très peu connu du grand public. Sans que doute ses gags parfois abstraits et son graphisme un peu rebutant (bien que très maitrisé) l'empêchent d'accéder à la gloire mondiale et au respect artistique universel qu'il mérite.

L'Encyclopédie des Bébés (tome 2, parce que c'est le seul que je possède de la trilogie) n'est qu'une BD au hasard au milieu de sa bibliographie qui ne comprend que peu de failles (bien que ses BD les plus récentes soient incontastablement encore plus comiques que les plus anciennes). Les histoires - de quelques pages - y font preuve d'un grand sens du n'importe quoi général tout à fait réjouissant. Au contraire d'un Pierre la Police dont je vous ai parlé précédement - qui semble lui se contenter de faire suivre des évènements sans logique - Goossens construit ses récits un minimum autour de sujets, de gags récurents, il y a presque des chutes parfois et la bidonade n'est pas le fruit d'un je-m'en-foutisme idiot, mais véritablement d'une volonté consciente de trouver dans l'absurde quelque chose de drôle. A noter aussi que la construction temporelle de ses planches est souvent très ingénieuse, avec un étirement de séquences, ou au contraire l'entassement de bulles dans une même case pour créer des sensations précises. Larcenet lui atribue d'ailleurs - dans une interview que j'ai lu y'a longtemps - la première utilisation des cases de silence dans les BD d'humour, autrement que pour décrire des actions. Et ce n'est pas rien.

Enfin, si le style graphique de Goossens n'est ni le plus esthétique, ni le plus original, il possède néamoins sa patte à lui, très reconaissable, ainsi qu'une capacité à dessiner des visages très moches et très expressifs; ce qui lui est bien pratique pour faire faire n'importe quoi à tous ses personnages.

J'ai pas trouvé ce que je cherchais sur internet alors j'ai scanné une histoire en trois pages juste pour vous. (Et au passage j'ai niqué la reliure de mon bouquin...)

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